La crise qui se vit dans l’Est de la RDC soulève une préoccupation intéressante. S’agit-il d’un pari de Washington ou le triomphe de la diplomatie transactionnelle de Donald Trump? Alors que le conflit dans l’Est de la République Démocratique du Congo (RDC) s’enlisait dans une impasse diplomatique, le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche a redessiné les cartes. Entre Kinshasa et Kigali, le curseur américain semble avoir pivoté. Analyse d’un rapprochement stratégique où le cobalt pèse désormais plus lourd que les alliances historiques.
En effet, le 4 décembre 2025 restera une date charnière pour la diplomatie des Grands Lacs. Sous les lustres de la Maison-Blanche, Félix Tshisekedi et Paul Kagame ont apposé leurs signatures sur les « Accords de Washington pour la paix et la prospérité ». Mais derrière les sourires de façade, un constat s’impose : l’administration Trump a troqué la diplomatie traditionnelle pour une approche purement transactionnelle, penchant ostensiblement en faveur de Kinshasa.
Le cobalt, nerf de la nouvelle alliance
Pourquoi ce dégel soudain entre Washington et Kinshasa ? La réponse tient en deux mots : minerais critiques. Pour contrer l’hégémonie chinoise sur les chaînes d’approvisionnement mondiales, Donald Trump a fait de la sécurisation du cobalt et du cuivre congolais une priorité nationale.
Félix Tshisekedi, en fin stratège, a su parler le langage du 47e président américain : « Nous avons de la richesse, vous avez la technologie et le capital. Sécurisez nos frontières, et nous sécuriserons vos batteries ». Ce « deal » a permis à la RDC de regagner les faveurs de Washington, là où l’administration précédente se montrait plus prudente.
Le froid polaire entre Washington et Kigali
Le contraste est frappant avec le traitement réservé au Rwanda. Longtemps considéré comme le « bon élève » et l’allié indéfectible des États-Unis dans la région, le régime de Paul Kagame fait face à une pression inédite.
L’administration Trump n’a pas hésité à brandir la menace de sanctions directes, exigeant le retrait immédiat des troupes rwandaises du sol congolais. Lors des négociations, le conseiller spécial Massad Boulos a été on ne peut plus clair : le soutien au M23 est désormais perçu comme un obstacle aux intérêts économiques américains. Pour Washington, la stabilité des mines de l’Est vaut mieux que la fidélité à un allié militaire régional.
Un accord sur le fil du rasoir
Cependant, l’optimisme affiché à Washington peine à se traduire sur le terrain. Si les accords prévoient une zone de libre-échange et un retrait des groupes armés, la réalité dans le Nord-Kivu reste sanglante.
– Sur le plan militaire : Les affrontements se poursuivent autour de Walikalé, et le scepticisme de Paul Kagame, qui a qualifié la médiation de simplement « pragmatique », laisse planer un doute sur sa volonté réelle de désengagement.
– Sur le plan juridique : À Kinshasa, la contestation gronde. Des collectifs d’avocats ont saisi la Cour Constitutionnelle, dénonçant un accord qui « brade » les ressources naturelles du pays sans débat parlementaire préalable.
La paix par le profit ?
Le « Processus de Washington » marque la fin de l’ère de l’ingérence humanitaire pour laisser place à celle de l’ingérence commerciale. En s’alignant sur Kinshasa, Donald Trump fait le pari que l’appât du gain et les investissements massifs des entreprises américaines seront plus efficaces que des années de négociations onusiennes.
Pour la RDC, c’est une opportunité historique de retrouver sa souveraineté, mais à un prix élevé : celui d’une dépendance accrue envers les intérêts privés américains. Reste à savoir si ce mariage de raison survivra aux réalités brutales d’un conflit qui dure depuis trois décennies.
Chappy KUNGA





