Depuis Dakar au Sénégal, en marge de la 89ᵉ session ordinaire de la Commission africaine des droits de l’Homme et des Peuples (CADHP), le Président de la Commission Nationale des Droits de l’Homme de la République démocratique du Congo (CNDH-RDC), Paul Nsapu, met en garde contre les conséquences que pourrait avoir la création du Front pour la Refondation de la Nation (FRN) sur la protection des populations civiles et les efforts de paix en République démocratique du Congo.
Cette nouvelle organisation politico-militaire, annoncée le 12 octobre 2026 à Goma et présentée comme étant présidée par l’ancien chef de l’État Joseph Kabila Kabange, intervient dans un contexte sécuritaire toujours préoccupant dans l’Est du pays.
S’exprimant à Dakar, en marge de la 89ᵉ session ordinaire de la Commission africaine des droits de l’Homme et des Peuples (CADHP), Paul Nsapu a rappelé que toute recomposition politico-militaire doit être appréciée au regard de ses conséquences sur les droits fondamentaux et la sécurité des populations.
Sans se prononcer sur les choix politiques des différents acteurs, la CNDH-RDC estime qu’aucune revendication politique ne peut justifier le recours à la violence armée contre la nation et les populations civiles. L’institution réagit notamment à l’invocation de l’article 64 de la Constitution par les initiateurs du FRN, en soulignant qu’aucune disposition constitutionnelle ne saurait légitimer les violences contre les civils.
La protection des civils au cœur des préoccupations
Face à cette nouvelle configuration, Paul Nsapu appelle les acteurs institutionnels, politiques et armés à privilégier le dialogue et les mécanismes pacifiques de règlement des différends. Il insiste également sur la nécessité de préserver les engagements pris en faveur du cessez-le-feu et de ne pas compromettre les processus de paix en cours.
Le président de la CNDH-RDC rappelle par ailleurs que le gouvernement congolais a l’obligation de protéger la population sur toute l’étendue du territoire national. Pour l’institution, aucune transformation politique ou militaire ne devrait entraîner une aggravation des souffrances des populations.
Cette mise en garde s’inscrit dans un contexte marqué par de graves violations des droits humains dans l’Est de la RDC. Les conflits armés continuent d’exposer les civils aux atteintes au droit à la vie et à l’intégrité physique, aux déplacements forcés, aux violences sexuelles basées sur le genre, au recrutement d’enfants ainsi qu’à la destruction des biens et des moyens de subsistance.
Justice, libertés fondamentales et lutte contre l’impunité
Au-delà de la situation sécuritaire, Paul Nsapu a réaffirmé les priorités de la CNDH-RDC en matière de justice et de protection des droits humains. L’institution plaide pour le renforcement des enquêtes indépendantes, la poursuite des auteurs présumés de violations graves, la protection des victimes et des témoins, ainsi que la mise en œuvre des mécanismes de justice transitionnelle et de réparation.
La préservation de l’espace civique figure également parmi les préoccupations de la Commission. La liberté d’expression, la liberté de la presse, le droit de réunion pacifique et la protection des défenseurs des droits humains doivent, selon elle, être garantis, y compris dans les contextes de crise sécuritaire.
Sur le plan politique, la CNDH appelle les acteurs de la majorité comme de l’opposition à privilégier le dialogue, la tolérance démocratique et les voies légales de règlement des différends.
Un appel à la solidarité africaine
En marge de la session de la CADHP, la CNDH-RDC a également plaidé pour une coopération renforcée entre les institutions nationales des droits de l’Homme du continent africain. Paul Nsapu encourage notamment le partage d’expériences, les mécanismes d’alerte précoce, la documentation conjointe des violations et le plaidoyer auprès des instances régionales et internationales.
Pour la CNDH-RDC, une paix durable en République démocratique du Congo ne saurait se limiter à la cessation des hostilités. Elle doit également reposer sur la justice, la vérité, la réparation, la démocratie et le respect de la dignité humaine.
La position exprimée à Dakar place ainsi la protection des populations civiles au centre des préoccupations de l’institution, alors que l’annonce du FRN ouvre une nouvelle séquence dans le paysage politico-militaire congolais.
Dieumerci KANDA





