Dans un contexte régional à haute tension, la question de l’application de la Résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations unies refait surface. L’opposant congolais Martin Fayulu s’est récemment aligné sur la position exprimée par le ministre angolais des Affaires étrangères, Tete António, appelant à la mise en œuvre stricte de ce texte adopté en décembre 2023 pour soutenir les efforts de désescalade entre la RDC et le Rwanda.
Une résolution onusienne qui peine à produire ses effets
La Résolution 2773, qui renouvelle notamment le mandat de la MONUSCO tout en insistant sur la nécessité d’un retrait progressif et responsable, rappelle également les obligations des États de la région en matière de coopération sécuritaire, de lutte contre les groupes armés et de respect de la souveraineté des pays voisins.
Dans cet esprit, Luanda — médiateur désigné dans la crise entre Kinshasa et Kigali — insiste sur l’importance d’une mise en œuvre complète et non sélective de la résolution. Pour le gouvernement angolais, appliquer ce cadre juridique international est indispensable pour ramener la confiance et restaurer un minimum de stabilité dans l’Est de la RDC, où les violences persistent, notamment en raison de l’activisme du M23 et d’autres groupes armés.
Fayulu : « Kigali doit neutraliser les FDLR »
Rebondissant sur cet appel, Martin Fayulu estime que le Rwanda doit assumer pleinement sa part de responsabilité, conformément aux engagements internationaux et aux résolutions du Conseil de sécurité. Selon lui, il ne devrait plus y avoir de « faux débat » sur la question, arguant que la responsabilité de Kigali dans l’émergence et la persistance des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) a été « largement dénoncée », notamment dans plusieurs rapports d’experts onusiens au fil des années.
L’opposant de l’Ecidé considère que la neutralisation des FDLR — groupe armé d’origine rwandaise actif depuis des décennies dans l’Est de la RDC — relève d’abord de la responsabilité du gouvernement rwandais. Il juge contradictoire que ce dossier continue d’être instrumentalisé alors même que le Rwanda est régulièrement accusé par Kinshasa et par des observateurs internationaux de soutenir le M23, ce que Kigali dément.
Une crise complexe où chaque partie se renvoie la responsabilité
La crise RDC–Rwanda dépasse toutefois le cadre des responsabilités individuelles.
Kinshasa reproche à Kigali d’alimenter l’insécurité par son soutien présumé au M23. Kigali, de son côté, affirme que la présence des FDLR sur le sol congolais constitue une menace directe pour sa sécurité nationale.
Entre ces positions irréconciliables, la Résolution 2773 rappelle que tous les groupes armés, sans exception, doivent être neutralisés et que tous les États doivent s’abstenir de soutenir directement ou indirectement les rébellions opérant dans les pays voisins.
L’Angola, arbitre inquiet d’une escalade
Dans ce contexte, l’Angola tente de maintenir son rôle de médiateur dans un climat régional devenu plus inflammable que jamais. Luanda insiste sur :
- le respect strict des frontières,
- la cessation de tout soutien aux groupes armés,
- la reprise d’un dialogue politique sur base des mécanismes existants (Processus de Luanda, Processus de Nairobi),
- et l’application rigoureuse des résolutions onusiennes, notamment la 2773.
Pour les diplomates angolais, ignorer cette résolution équivaut à laisser s’aggraver un conflit qui menace d’embraser davantage la région des Grands Lacs.
Une mobilisation politique qui reflète les inquiétudes congolaises
En appelant à une mobilisation générale autour de l’application de la Résolution 2773, Martin Fayulu s’inscrit dans une tendance plus large de la classe politique congolaise : celle de dénoncer l’insécurité persistante dans l’Est et de pousser la communauté internationale à adopter une posture plus ferme.
L’opposant rappelle que le conflit dans l’Est de la RDC n’est pas seulement une crise militaire, mais aussi diplomatique, régionale et historique. Pour lui, la solution ne peut être durable que si chaque partie assume ses responsabilités, tant dans le respect des résolutions des Nations unies que dans la lutte contre les groupes armés.
Un rappel à l’ordre diplomatique
L’appel conjoint — explicite ou implicite — du chef de la diplomatie angolaise et de Martin Fayulu met en lumière une réalité : la Résolution 2773, comme plusieurs autres avant elle, reste largement sous-appliquée.
Or, sans son exécution intégrale, il sera difficile d’espérer une véritable désescalade entre la RDC et le Rwanda.
Dans une région où chaque geste diplomatique compte, cet appel pourrait contribuer à remettre la question du respect des engagements internationaux au centre des discussions — à condition que toutes les parties s’en saisissent.
Philippe KAZADI O.





