Dans un contexte d’escalade sécuritaire à l’Est et de débats intenses à Kinshasa, Léonard She Okitundu et son Parti Social-Démocrate Vert (PSDV) prennent position sans détour : pas de dialogue national en pleine agression, application stricte de la résolution 2773, et défense assumée du partenariat stratégique entre la République démocratique du Congo et les États-Unis. Une déclaration qui relance le débat sur la nature du conflit et les voies de sortie de crise.

Une condamnation ferme de l’agression rwandaise

Dans une déclaration adoptée à Kinshasa le 23 février 2026, le PSDV condamne « avec véhémence » l’agression imputée au Rwanda, dénonçant une violation de la Charte des Nations Unies, de l’Acte constitutif de l’Union africaine et du Statut de Rome.

Au cœur de son argumentaire : le respect strict de la résolution 2773, considérée comme la feuille de route centrale pour un règlement durable du conflit. Le parti met en garde contre toute interprétation « cavalière » des initiatives diplomatiques parallèles, notamment les processus de Doha et de Washington, si celles-ci devaient s’écarter du cadre fixé par cette résolution.

Plus encore, le PSDV plaide pour le déploiement d’une force internationale d’interposition le long de la frontière congolo-rwandaise. Une proposition qui vise, selon le parti, à instaurer des mesures de confiance et à prévenir une régionalisation accrue du conflit.

Dialogue national : une tradition… mais pas en temps de guerre

La question d’un dialogue national refait surface dans le débat public congolais, dans un pays où les concertations politiques ont souvent servi de mécanisme de sortie de crise.

Mais pour Léonard She Okitundu, la nature même du conflit actuel change la donne. Il ne s’agirait pas d’une crise interne, mais d’un conflit interétatique. Organiser un dialogue dans ces conditions reviendrait, selon le PSDV, à « internaliser » le conflit et à valider le narratif de l’agresseur.

Le parti appelle donc les forces politiques et sociales à mettre « momentanément leurs divergences sous cloche » afin de privilégier le recouvrement de l’intégrité territoriale. Les pourparlers intercongolais ne devraient, selon cette lecture, intervenir qu’après la restauration complète de la souveraineté nationale.

Cette position tranche avec certaines voix qui estiment qu’un dialogue pourrait renforcer la cohésion interne face à la menace extérieure. Le débat reste ouvert.

Partenariat RDC–USA : diplomatie entrepreneuriale ou dépendance stratégique ?

Autre point sensible : le partenariat stratégique en gestation entre Kinshasa et Washington.

Face aux critiques évoquant un possible « bradage » des ressources naturelles, le PSDV défend une vision qu’il qualifie de « diplomatie entrepreneuriale ». Le principe : en contrepartie d’un soutien sécuritaire accru, des entreprises américaines interviendraient dans la production, l’exploitation et surtout la transformation locale des minerais congolais, avec des engagements en matière de transfert de technologie et de création d’emplois.

Pour le parti, l’enjeu est clair : transformer localement pour créer de la valeur ajoutée sur le sol congolais, plutôt que d’exporter des matières brutes.

Reste que cette orientation stratégique pose plusieurs questions d’intérêt public :

Quelles garanties juridiques encadreront ces accords ?

Quel contrôle parlementaire et citoyen ?

Quelle place pour les entreprises congolaises ?

Autant d’éléments qui détermineront si ce partenariat sera réellement « mutuellement bénéfique ».

Une ligne politique cohérente, un débat relancé

À travers cette déclaration, Léonard She Okitundu et le PSDV affichent une ligne claire :

1. Priorité absolue à l’intégrité territoriale.

2. Refus d’un dialogue national en pleine agression.

3. Défense assumée d’un partenariat stratégique avec les États-Unis.

Dans l’histoire politique congolaise, les périodes d’agression extérieure ont souvent ravivé le débat entre union sacrée et pluralisme démocratique. La sortie du PSDV s’inscrit dans cette tension permanente entre exigence de cohésion nationale et vitalité du débat politique.

Pour la population congolaise, première victime de l’insécurité et de l’instabilité économique, l’essentiel reste ailleurs : la fin des violences, la protection des territoires, et des retombées concrètes en matière d’emplois, de sécurité et de souveraineté.

Le débat ne fait que commencer.

Philippe KAZADI O. 

Kiosque d'Afrique