Dans un pays où les détournements des derniers publics font régulièrement La Une des médias, il est fort dommage de constater que l’État se trouve dans l’obligation d’emprunter l’argent auprès des banques privées pour payer les fonctionnaires. Ces derniers devront donc patienter et serrer la ceinture, le temps que les banques privées prêtent l’argent au gouvernement, pour recevoir leurs salaires.
En effet, alors que le ministère des Finances multiplie les appels d’offres pour lever des fonds en devises étrangères, le décalage entre les annonces de paiement des salaires et la réalité des comptes bancaires des fonctionnaires s’accentue. En toile de fond, une gestion de la liquidité qui peine à stabiliser durablement le pouvoir d’achat malgré les interventions de la Banque Centrale.
Le contraste est saisissant. D’un côté, un document officiel daté du 4 février 2026 annonce le lancement d’une adjudication d’Obligations du Trésor en dollar américain pour un montant de 70 millions USD, assortie d’un taux d’intérêt de 9%. De l’autre, une grogne sociale qui monte : au 10 février, des milliers de fonctionnaires congolais n’ont toujours pas touché leurs émoluments du mois précédent, contredisant les assurances médiatiques des communicateurs du ministère.
Une trésorerie sous tension
L’émission d’obligations du Trésor en dollars, comme l’indique l’avis d’adjudication signé par le Vice-Ministre des Finances Gracia Yamba, révèle un besoin pressant de liquidités en devises. Cette stratégie vise à diversifier les sources de financement de l’État, mais elle souligne aussi une forme de dépendance au billet vert pour couvrir les charges régaliennes dans un contexte de faible mobilisation des recettes en monnaie nationale.
L’illusion d’une stabilité mécanique
La situation est d’autant plus complexe que le Franc Congolais (CDF) subit une « appréciation mécanique » suite à l’injection récente de 50 millions de dollars par la Banque Centrale du Congo (BCC) sur le marché des changes. Si cette mesure vise à freiner la dépréciation, elle crée un effet de ciseau brutal :
– Pour l’État : Le coût du service de la dette (notamment les obligations à 9%) pèse lourdement sur un budget déjà exsangue.
– Pour le fonctionnaire : Le retard de paiement, combiné à une volatilité persistante, érode le pouvoir d’achat. Même si le taux semble se stabiliser artificiellement, les prix sur les marchés, eux, ne baissent pas.
« Humiliation » et déni de réalité
Le texte qui circule dans les milieux administratifs parle d’« humiliation ». En affirmant que les paiements sont effectués alors que les guichets restent désespérément vides, les communicateurs du ministre Doudou Fwamba Likunde ébranle la crédibilité de la parole publique.
« Être payé en retard dans une économie dollarisée, c’est perdre deux fois », explique un analyste économique local. « On perd sur le timing face aux créanciers et sur la valeur réelle de l’argent face à l’inflation rampante. »
Vers une crise de confiance ?
Le recours systématique à l’endettement intérieur (Obligations du Trésor) pour combler les trous de trésorerie, alors que le droit fondamental au salaire est bafoué, pose la question de la hiérarchisation des dépenses.
Dans un pays où la stabilité sociale dépend de la régularité de la paie, le gouvernement Tshisekedi se retrouve face à un défi majeur : transformer les chiffres des communiqués officiels en réalité tangible dans le portefeuille du citoyen. Sans une cohérence entre les actes financiers et la communication institutionnelle, le fossé entre les dirigeants et les administrés risque de devenir irréparable.
Chappy KUNGA





