Alors que le secteur de l’enseignement supérieur et universitaire devait incarner l’excellence et la méritocratie prônées par le Chef de l’État, Félix Tshisekedi, une colère sourde gronde parmi les candidats au professorat en République démocratique du Congo. Accusations de rétroactivité illégale, règlements de comptes et soupçons de corruption : le ministère de l’Enseignement supérieur, universitaire, recherche scientifique et innovation est aujourd’hui au cœur d’une tempête qui menace la crédibilité de tout le système académique congolais.

En effet, depuis plusieurs mois, les couloirs du ministère de l’ESU résonnent d’un malaise profond. Des dizaines de candidats au grade de professeur d’université, dont les dossiers ont pourtant franchi toutes les étapes académiques requises — avis favorables des conseils de faculté, des comités scientifiques et des autorités rectorales — voient soudainement leur ascension bloquée.

En cause : une disposition attribuée à la ministre de l’ESU, Marie-Thérèse SOMBO, fixant à 35 ans l’âge maximal pour être nommé professeur d’université.

Une règle qui, selon les candidats lésés, serait non seulement contestable dans son fondement, mais surtout appliquée de manière rétroactive.

Une règle rétroactive qui choque

Comment expliquer que des dossiers ayant déjà reçu des avis favorables formels avant l’édiction de cette mesure soient aujourd’hui écartés au motif d’un critère d’âge inexistant au moment de leur évaluation ?

Dans tout État de droit, le principe de non-rétroactivité constitue un pilier fondamental de sécurité juridique. Or, ici, des enseignants déjà en poste, assumant des charges horaires validées par les autorités académiques, se retrouvent brutalement disqualifiés. Plus loin, certains disposent des numéros matricules interne et celui de l’administration centrale de l’ESU; et touchent même les primes internes de l’institution. On est donc en droit de savoir qu’est-ce que la Ministre Marie-Thérèse SOMBO et les membres de son cabinet veulent faire de ces matricules. Vont-ils les attribuer à d’autres personnes ?

Pour les concernés, il ne s’agit pas d’une simple réforme administrative, mais d’une manœuvre ciblée.

« Nous avons rempli toutes les conditions scientifiques, pédagogiques et administratives. Nos dossiers ont été validés. Aujourd’hui, on nous oppose une règle venue après coup. C’est une injustice flagrante », confie l’un des candidats écartés.

Clientélisme, tribalisme et règlements de comptes ?

Plus grave encore, plusieurs sources concordantes évoquent des pratiques de clientélisme politique et de tribalisme au sein du cabinet ministériel. Certains candidats, pourtant scientifiquement qualifiés, seraient écartés au profit de profils jugés “plus proches” des cercles décisionnels.

Derrière l’argument de la limite d’âge, se cacherait un mécanisme de tri sélectif.

L’objectif ? Éliminer des candidats en bonne posture pour ouvrir la voie à d’autres, mieux introduits. Une stratégie qui, si elle se confirmait, constituerait un coup dur porté à la méritocratie universitaire.

Un secteur fragilisé

Le secteur de l’enseignement supérieur en RDC traverse déjà de nombreuses turbulences : sous-financement chronique, infrastructures délabrées, fuite des cerveaux. Ajouter à cela une gestion opaque des promotions académiques pourrait précipiter une détérioration encore plus profonde de la qualité de l’enseignement.

Car au-delà des personnes concernées, c’est l’image même de l’université congolaise qui est en jeu.

Comment exiger des étudiants rigueur et excellence lorsque les nominations académiques elles-mêmes semblent entachées d’opacité ?

Un parfum de fin de règne ?

À en croire certaines indiscrétions, la perspective d’un remaniement gouvernemental alimenterait une course contre la montre au sein du ministère. Des voix accusent ouvertement certains membres du cabinet de vouloir “se servir” avant un éventuel départ, en monnayant promotions et nominations.

Si ces allégations s’avéraient fondées, elles constitueraient l’un des scandales les plus graves qu’ait connus le secteur de l’ESU ces dernières années.

Vers un chaos annoncé ?

En s’attaquant à des enseignants déjà validés par les instances académiques compétentes, le ministère prend le risque d’ouvrir un front de contestation majeur dans les universités du pays. Des recours juridiques seraient en préparation. Des mouvements de protestation ne sont pas exclus.

La question demeure : le ministère de l’ESU peut-il se permettre de transformer une réforme administrative en bombe sociale et académique ?

À l’heure où la République démocratique du Congo tente de redorer l’image de son système universitaire, la colère des candidats recalés sonne comme un avertissement.

Sans transparence, sans respect des principes juridiques fondamentaux et sans garantie d’équité, c’est tout l’édifice académique qui risque de vaciller.

Philippe KAZADI O. 

Kiosque d'Afrique