Pendant que les armes continuent de parler dans l’Est de la République démocratique du Congo, une médiation africaine tente de réouvrir l’espace du dialogue. La rencontre de ce jour à Kigali entre le Président rwandais Paul Kagame et le médiateur de l’Union africaine, Faure Gnassingbé, relance une dynamique diplomatique attendue par des millions de civils pris en étau. Mais le temps de la médiation peut-il encore répondre au temps de la souffrance des peuples ?
Une région sous pression permanente
Dans les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri, la situation sécuritaire demeure critique. Déplacements massifs de populations, violences contre les civils, insécurité alimentaire, effondrement des services sociaux de base : pour les populations de l’Est de la RDC, la crise n’est pas un concept diplomatique, c’est une réalité quotidienne. Chaque jour sans solution durable accroît les risques humains, sociaux et générationnels.
C’est dans ce contexte lourd que s’inscrit la nouvelle séquence diplomatique engagée par l’Union africaine, consciente que l’enlisement du conflit menace non seulement la RDC, mais l’équilibre de toute la région des Grands Lacs.
Kigali, étape clé d’une médiation continentale
Ce jour, au village présidentiel d’Urugwiro, le Président rwandais Paul Kagame a reçu Faure Gnassingbé, président du Conseil du Togo et médiateur principal de l’Union africaine pour la crise dans l’Est de la RDC. Au-delà du tête-à-tête entre les deux dirigeants, la rencontre s’est élargie à un groupe d’experts de haut niveau, composé d’anciens chefs d’État africains : Olusegun Obasanjo (Nigeria), Sahle-Work Zewde (Éthiopie), Mokgweetsi Masisi (Botswana) et Catherine Samba-Panza (République centrafricaine).
Les échanges ont porté sur trois axes majeurs : l’évaluation de la situation sécuritaire sur le terrain, l’état d’avancement des engagements diplomatiques existants et la nécessité de mieux coordonner les initiatives régionales et continentales de paix.
Après Kigali et Kinshasa, un espace pour le dialogue élargi ?
Cette rencontre à Kigali s’inscrit dans une démarche plus large. Après avoir rencontré le président congolais Félix Tshisekedi, la médiation africaine cherche à maintenir un fil de dialogue entre des positions souvent antagonistes. La perspective, évoquée dans les milieux diplomatiques, d’un échange futur avec Corneille Nangaa, figure centrale de la rébellion de l’AFC/M23, souligne une orientation pragmatique : parler à tous les acteurs capables d’influencer la dynamique du conflit.
Cette approche ne signifie ni légitimation politique ni renoncement aux principes de souveraineté. Elle traduit plutôt une réalité : aucune solution durable ne peut être imposée uniquement par la force ou par des déclarations de principe, sans traiter les causes profondes et les acteurs réels de l’instabilité.
Ce que la médiation peut – et doit – apporter
Pour les populations de l’Est de la RDC, l’enjeu n’est pas la multiplication des sommets, mais leur impact concret. La médiation africaine offre néanmoins plusieurs avancées potentielles :
– la réaffirmation d’un cadre africain de résolution des conflits, complémentaire aux initiatives régionales existantes ;
– une pression politique accrue sur les parties pour le respect des engagements pris ;
– la possibilité d’un alignement plus cohérent entre diplomatie, sécurité et réponses humanitaires.
Mais ces avancées resteront fragiles si elles ne s’accompagnent pas de mécanismes clairs de suivi, de garanties de protection des civils et d’une implication réelle des communautés affectées.
Un appel aux responsabilités
Cet article se veut un appel. Un appel aux dirigeants de la sous-région, pour que la sécurité des peuples prime sur les calculs politiques et géostratégiques. Un appel à la communauté internationale, pour qu’elle soutienne les efforts africains sans les instrumentaliser ni les marginaliser. Un appel enfin aux acteurs congolais eux-mêmes, pour que l’intérêt du peuple reste le cœur de toute négociation.
La paix dans l’Est de la RDC n’est pas seulement une affaire de frontières ou d’influence régionale. Elle est une exigence humaine, morale et historique. Et chaque jour de retard a un coût que les civils continuent de payer.
Philippe KAZADI O.





