À Sans-fil, Boba et Nzuzi wa Mbombo, à l’est de Kinshasa, la nuit est devenue une source d’angoisse permanente. Vols à main armée, viols, attaques de motards et coups de feu rythment désormais le quotidien d’une population qui dit ne plus se sentir protégée, alors même que la police est bien visible dans la zone.
Des quartiers pris au piège de la peur
Dans la commune de Masina, plusieurs quartiers vivent aujourd’hui sous une insécurité persistante. À Sans-fil, Boba et Nzuzi wa Mbombo, les habitants racontent une réalité alarmante : il ne se passe presque plus une nuit sans que des cas de cambriolage, de vols armés, de ravissements de motos ou même de viols ne soient signalés.
Pour beaucoup, la peur commence dès la tombée de la nuit. Certains n’osent plus sortir tôt le matin ni rentrer tard le soir, alors que ces quartiers étaient autrefois animés et relativement sûrs.
Des attaques à quelques mètres de la police
Il y a trois jours consécutifs, deux hommes se rendant vers 4h30 du matin à l’arrêt de bus du boulevard Lumumba ont été attaqués par des hommes armés au croisement des avenues Katalayi et Liberté, dans le quartier Sans-fil. Les faits se sont produits à environ 300 mètres seulement d’un poste de police situé sur l’avenue Maréchal.
Selon les témoignages recueillis, les assaillants ont menacé leurs victimes avec des armes à feu, tiré deux coups de balle en l’air pour intimider le voisinage, avant de leur ravir tous leurs biens. Aucune intervention policière immédiate n’a été signalée, malgré la proximité du poste.
Boba : une attaque de motard vire au drame
Le mardi dernier, vers 20h30, un jeune motard a été attaqué sur l’avenue Mavungu, dans le quartier Boba, par trois individus non identifiés qui tentaient de lui arracher sa moto. En résistant, le motard a été grièvement blessé par balle.
L’incident a finalement provoqué l’intervention de la police de proximité. Un échange de tirs s’en est suivi entre les policiers et les assaillants. Le bilan est lourd : deux morts sur place, dont un policier et l’un des criminels. Le motard, quant à lui, a été touché par deux balles et se trouvait dans un état critique, selon des témoins.
Cette scène de violence a plongé les quartiers Boba et Sans-fil dans une panique généralisée. La jeunesse, autrefois libre de circuler à toute heure, vit désormais dans un climat de peur intense.
Une police visible, mais jugée inefficace
Ce qui choque le plus les habitants, c’est le contraste entre la présence policière et la réalité sur le terrain. Les quartiers concernés sont entourés de commissariats et de postes de police. Pourtant, selon plusieurs témoignages, aucune action durable n’est menée pour prévenir ou contenir la criminalité.
Certains habitants vont plus loin, affirmant que des policiers en uniforme seraient parfois impliqués dans des actes criminels, aggravant la méfiance entre la population et les forces de l’ordre. Une situation qui alimente un sentiment d’abandon et d’impuissance collective.
Depuis décembre 2025, les cadres communautaires notent une nette augmentation du taux de criminalité. La jeunesse vit sous un traumatisme permanent, et de nombreuses familles adaptent désormais leur quotidien à la peur : déplacements limités, commerces fermés plus tôt, silence imposé la nuit.
Interpeller pour protéger
Face à cette insécurité grandissante, les habitants de Sans-fil, Boba et Nzuzi wa Mbombo lancent un appel clair aux autorités politiques, policières et municipales : agir rapidement et concrètement pour protéger les citoyens.
« Qu’attendez-vous pour agir ? Comment laisser la population subir ces violences alors que la police est là ? », s’interrogent plusieurs résidents.
La situation de Masina met une fois de plus en lumière les failles du système de sécurité urbaine à Kinshasa, notamment dans les quartiers périphériques. Au-delà de la simple présence policière, les populations attendent une véritable police de proximité, mieux encadrée, mieux contrôlée et réellement au service des citoyens.
Car à Kinshasa, la sécurité n’est pas un luxe : c’est un droit fondamental. Et à Masina, ce droit semble aujourd’hui sérieusement menacé.
Philippe KAZADI O.





