Dans un climat d’incertitude et de tensions croissantes, l’annonce par l’AFC/M23 de l’intégration de 7 437 nouveaux commandos dans ses rangs soulève de nombreuses interrogations sur la véritable portée des négociations menées à Doha entre le gouvernement congolais et le groupe rebelle. Cette démonstration de force, loin d’annoncer une résolution pacifique de la crise sécuritaire en République Démocratique du Congo, semble plutôt incarner une escalade militaire.
La déclaration des principes, signée il y a quelques mois à Doha, avait suscité de timides espoirs de paix. Les parties avaient promis d’adopter une attitude propice à la réconciliation et à la fin des hostilités. Or, la réalité sur le terrain est tout autre. Alors que l’AFC/M23 s’illustre par le renforcement de ses forces armées, le gouvernement congolais, sous la présidence de Félix Tshisekedi, semble en difficulté pour traduire ces engagements en actions concrètes.
Des promesses trahies : vers une guerre inéluctable ?
Les déclarations de Corneille Naanga, le Coordonnateur politique de l’AFC/M23, ne laissent planer aucun doute sur les intentions de ce groupe armé. Annonçant la poursuite de la « libération du Congo » par l’Armée Révolutionnaire Congolaise (ARC), il évoque une marche vers Kinshasa, insinuant une envie de renverser le régime actuel. Cette posture ne fait que renforcer l’idée que les deux parties exploitent les pourparlers pour renforcer leur arsenal militaire plutôt que d’œuvrer pour une paix durable.
Le renforcement exercé par l’AFC/M23 à travers la formation de milliers de nouveaux commandos est perçu par certains analystes comme un coup stratégique. En effet, cette manœuvre pourrait permettre au groupe de peser davantage dans les négociations futures, tout en augmentant ses capacités d’action sur le terrain.
Kinshasa face à un défi stratégique : l’urgence d’une armée dissuasive
Dans ce contexte, le rôle de Kinshasa devient crucial. Pour rompre cet engrenage de violence, le gouvernement congolais doit agir avec détermination et renforcer les Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC). Il est impératif de doter l’armée congolaise d’un encadrement adéquat, des matériels sophistiqués et d’une formation de qualité capable de garantir la sécurité du territoire face aux menaces internes et externes, surtout la balkanisation tant redoutée par le peuple congolais dans toutes ses diversités sociales, culturelles et politiques.
Le défi pour Félix Tshisekedi est de ne pas laisser les gains obtenus lors des récentes négociations, comme l’accord conclu avec le Rwanda, se diluer sous les feux des artifices de l’AFC/M23. Au lieu de compter uniquement sur l’espoir d’un soutien international, Kinshasa doit prendre ses responsabilités et construire une armée dissuasive qui inspire le respect. Cela passe non seulement par un renforcement militaire, mais aussi par la volonté de proposer une alternative politique viable à la population, souvent prise en otage dans ce conflit.
Vers une nouvelle dynamique politique et militaire ?
Il apparaît clairement que les négociations tenues à Doha n’ont pas encore produit les résultats escomptés. Les parties se préparent à la guerre, tandis que c’est la population qui continue de payer le prix fort de cette impasse. Pour mettre fin au cycle destructeur des conflits en RDC, il est impératif que Kinshasa réponde par des actes concrets, en structurant une défense nationale solide et en engageant un dialogue sincère avec toutes les parties prenantes. La paix ne sera possible que par une volonté collective d’avancer vers une véritable réconciliation, loin des illusions de sécurité alimentées par des démonstrations de force.
Philippe KAZADI O.





