La République démocratique du Congo (RDC) a été réélue membre du Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’Union africaine pour un mandat de deux ans, avec 44 voix. Elle siègera aux côtés du Gabon, confirmant la présence renforcée de l’Afrique centrale au sein de cet organe clé chargé des questions de paix, de sécurité et de prévention des conflits sur le continent.

Au-delà du symbole, cette réélection s’inscrit dans une dynamique diplomatique plus large impulsée depuis l’arrivée au pouvoir du président Félix Tshisekedi, et consolidée successivement par Christophe Lutundula puis par l’actuelle ministre des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba.

Le CPS : un levier stratégique pour la RDC et l’Afrique centrale

Le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine constitue l’organe décisionnel central en matière de prévention, de gestion et de règlement des conflits en Afrique. Y siéger offre à un État membre une plateforme d’influence sur les mécanismes de médiation, les opérations de soutien à la paix et les sanctions éventuelles.

Pour la RDC, pays confronté à des défis sécuritaires persistants, notamment dans sa partie orientale, cette présence revêt une double dimension :

Défensive, en permettant de porter directement sa voix dans les débats sur la stabilité régionale ;

Offensive diplomatique, en participant activement à l’élaboration des réponses africaines aux crises.

L’obtention de 44 voix témoigne d’un soutien significatif des États membres de l’Union africaine. La présence conjointe de la RDC et du Gabon renforce également le poids de l’Afrique centrale dans les instances de décision continentales.

L’ère Lutundula : repositionnement et reconquête diplomatique

Sous le mandat de Christophe Lutundula au ministère des Affaires étrangères, la RDC a engagé un travail méthodique de repositionnement sur la scène internationale. Cette phase a été marquée par :

Une intensification de la diplomatie multilatérale, notamment au sein des Nations Unies ;

Une mobilisation accrue autour des questions sécuritaires liées à l’Est de la RDC ;

Une stratégie de plaidoyer visant à internationaliser les préoccupations congolaises.

Durant cette période, la RDC a obtenu ou consolidé plusieurs mandats au sein d’instances des Nations Unies, y compris à Genève, notamment au Conseil des droits de l’homme. Cette présence dans les organes onusiens a permis à Kinshasa de défendre ses positions sur les questions de souveraineté, de sécurité régionale et de droits humains, tout en s’inscrivant dans les mécanismes internationaux de redevabilité.

Ce repositionnement diplomatique a contribué à restaurer l’image d’un État engagé dans le multilatéralisme et soucieux de peser dans les débats globaux.

Thérèse Kayikwamba : continuité stratégique et consolidation

Avec l’arrivée de Thérèse Kayikwamba à la tête de la diplomatie congolaise, la stratégie engagée connaît une phase de consolidation. La réélection au Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine s’inscrit dans cette continuité.

Sous sa direction, la diplomatie congolaise met l’accent sur :

La cohérence entre les priorités nationales et les engagements multilatéraux ;

Le renforcement des alliances régionales et sous-régionales ;

Une diplomatie proactive axée sur la paix, la sécurité et la défense des intérêts stratégiques du pays.

La présence simultanée dans des instances africaines et onusiennes traduit une approche à plusieurs niveaux : continentale, régionale et globale. Cette articulation permet à la RDC de porter ses préoccupations à la fois dans les forums africains et dans les enceintes internationales.

Une stratégie présidentielle assumée

Ces avancées diplomatiques s’inscrivent dans la vision du président Félix Tshisekedi, qui a fait du retour de la RDC au cœur du jeu diplomatique africain et international un axe majeur de son action extérieure.

La présidence congolaise de l’Union africaine en 2021 avait déjà marqué une étape symbolique et politique importante. Depuis lors, la RDC semble poursuivre une stratégie de présence accrue dans les organes décisionnels, cherchant à transformer son statut de pays affecté par les crises en acteur influent dans les mécanismes de résolution.

La réélection au CPS, les mandats obtenus aux Nations Unies et la présence active à Genève illustrent cette volonté de consolider un ancrage multilatéral durable.

Entre reconnaissance et responsabilités accrues

Si ces succès diplomatiques traduisent une reconnaissance du rôle de la RDC sur la scène internationale, ils impliquent également des responsabilités renforcées. Être membre du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine signifie contribuer activement aux réponses collectives face aux crises africaines, au-delà des seuls intérêts nationaux.

Pour Kinshasa, l’enjeu est double :

Continuer à défendre ses intérêts stratégiques, notamment en matière de sécurité régionale ;

S’affirmer comme un partenaire crédible et engagé dans la stabilité continentale.

À travers cette trajectoire, la diplomatie congolaise donne à voir une évolution progressive : d’une posture souvent perçue comme défensive à une démarche plus structurée, fondée sur la présence institutionnelle, le plaidoyer multilatéral et la recherche d’influence.

Pour les observateurs, la réélection au CPS apparaît ainsi non comme un aboutissement, mais comme une étape supplémentaire dans la consolidation d’une diplomatie congolaise qui ambitionne de compter durablement dans les équilibres africains et internationaux.

Philippe KAZADI O. 

Kiosque d'Afrique