Hier au sommet du pouvoir, aujourd’hui en quête d’un soutien officiel : l’ancien président Macky Sall ambitionne de devenir Secrétaire général de l’Organisation des Nations unies. Une candidature qui, pour être portée, devra être soutenue par l’État sénégalais dirigé par Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko. Un scénario que peu d’observateurs auraient imaginé il y a encore quelques années.

La politique réserve parfois des retournements spectaculaires. Le Sénégal en offre aujourd’hui une illustration saisissante.

Il n’y a pas si longtemps, Macky Sall incarnait l’autorité suprême. À la tête du pays pendant douze ans, il dirigeait les institutions, fixait l’agenda politique et détenait l’initiative. Dans le même temps, Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye faisaient face à des poursuites judiciaires et à des périodes de privation de liberté dans un contexte politique tendu.

Aujourd’hui, la situation s’est inversée.

Macky Sall nourrit l’ambition de briguer le poste de Secrétaire général de l’ONU. Or, dans les usages diplomatiques, une telle candidature doit être officiellement portée par l’État d’origine. Autrement dit, elle dépend du soutien du Sénégal, désormais dirigé par ceux-là mêmes qui furent ses principaux opposants.

Un choix éminemment politique

Le président Bassirou Diomaye Faye se retrouve face à un dilemme historique.

Première option : soutenir la candidature de Macky Sall au nom de la continuité de l’État, de l’unité nationale et du rayonnement international du Sénégal. Dans cette logique, l’intérêt supérieur de la nation primerait sur les clivages internes.

Deuxième option : tenir compte d’une partie de l’opinion publique qui garde en mémoire les années de tensions, les manifestations, les arrestations et les blessures encore vives. Pour beaucoup de citoyens, la question de la justice et de la responsabilité politique reste centrale.

Approuver cette candidature pourrait être perçu par certains comme un geste d’apaisement et de maturité institutionnelle. Mais pour d’autres, ce serait un reniement des engagements de rupture et de redevabilité qui ont porté la nouvelle majorité au pouvoir.

Une leçon plus large que la politique

Au-delà des calculs stratégiques, cette séquence raconte quelque chose de plus profond.

Elle rappelle que le pouvoir est, par nature, transitoire. Aujourd’hui fort, demain vulnérable. Aujourd’hui décisionnaire, demain demandeur. Le Sénégal démontre qu’aucune position n’est acquise pour l’éternité.

Cette situation illustre aussi une valeur africaine fondamentale : l’humilité face au destin. L’avenir n’appartient à personne. La roue tourne, parfois plus vite qu’on ne l’imagine.

L’épreuve de la maturité démocratique

Quelle que soit l’issue, le choix qui sera fait constituera un test pour la jeune alternance. Sera-t-il guidé par la diplomatie et la projection internationale du pays ? Ou par la demande interne de justice et de cohérence politique ?

Dans tous les cas, l’épisode interpelle tous ceux qui exercent l’autorité publique : la manière dont on traite ses adversaires aujourd’hui peut façonner le regard qu’ils porteront demain lorsqu’ils seront en position de décider.

Le Sénégal, fidèle à sa tradition démocratique, se retrouve une fois encore au cœur d’un moment charnière. Entre mémoire et avenir, entre principes et pragmatisme, la décision à venir dira beaucoup sur la trajectoire politique du pays.

Une chose est certaine : l’histoire politique sénégalaise continue d’enseigner que nul ne s’assoit éternellement sur un trône de certitudes.

Philippe KAZADI O.

Kiosque d'Afrique