Ce 18 février 2026 marque un tournant symbolique majeur pour la République Démocratique du Congo. Il y a exactement vingt ans, jour pour jour, l’ancien président Joseph Kabila Kabange promulguait la Constitution de la IIIe République. Deux décennies plus tard, ce texte, né des cendres de la guerre, demeure le garant de l’unité nationale, bien que les appels à sa préservation se fassent de plus en plus pressants.

C’était en 2006. Après des années de conflits dévastateurs et une transition politique laborieuse issue de l’Accord Global et Inclusif de Sun City, la RDC se dotait d’une nouvelle loi fondamentale. Adoptée par référendum populaire, cette Constitution portait l’ambition de fonder un État de droit, démocratique et décentralisé.

Un héritage de stabilité et d’unité

En deux décennies, la Constitution de 2006 a permis de poser des jalons institutionnels essentiels que les analystes s’accordent à qualifier d’acquis démocratiques :
L’Unité Nationale sauvegardée : En pleine période de balkanisation latente, le texte a réaffirmé l’indivisibilité de l’État, tout en introduisant le principe de la régionalisation politique (les 26 provinces).
L’alternance Pacifique : C’est sur la base de ce texte que le pays a connu, en 2019, la première passation de pouvoir pacifique de son histoire entre un président sortant et un opposant élu.
L’Équilibre des Pouvoirs : Bien que souvent mis à rude épreuve, le cadre constitutionnel a instauré un Parlement bicaméral et une Cour Constitutionnelle, censés limiter l’arbitraire et garantir les libertés fondamentales.

Le défi de la pérennité : Un appel à l’ordre constitutionnel

Alors que le pays traverse une période de turbulences, marquée par la crise sécuritaire à l’Est et des débats politiques sur d’éventuelles réformes de structure, la célébration de ce vingtième anniversaire résonne comme un avertissement.

Dans les milieux de la société civile et de la classe politique, l’heure est au rappel des principes cardinaux. Si toute Constitution est perfectible et doit s’adapter aux évolutions d’une nation, le consensus de 2006 reste, pour beaucoup, le « contrat social » qui lie les différentes sensibilités congolaises.

L’enjeu pour les autorités actuelles est de taille : maintenir la stabilité de cet édifice juridique tout en répondant aux aspirations de la population. Préserver l’ordre constitutionnel, c’est avant tout garantir que les règles du jeu politique ne soient pas modifiées au gré des conjonctures, mais restent le bouclier contre les dérives autoritaires et les crises de légitimité.

Un pacte à honorer

Vingt ans après la signature de Joseph Kabila, le texte ne doit pas seulement être un document d’archive, mais une boussole vivante.

Pour les observateurs de Kiosque d’Afrique, la solidité d’une démocratie ne se mesure pas à la fréquence de ses changements de lois, mais à la capacité de ses dirigeants à respecter les cadres établis.

En ce jour de commémoration, le message est clair : la Constitution de 2006 n’est pas le bien d’un camp ou d’un homme, mais le patrimoine commun d’un peuple qui a payé le prix fort pour sa dignité et sa liberté.

Ph. K

Kiosque d'Afrique