La Maison Blanche a confirmé ce lundi 01 décembre 2025 que Félix Tshisekedi et Paul Kagame seront reçus le jeudi 4 décembre 2025 par Donald Trump pour « entériner » un accord de paix RDC-Rwanda signé en juin dernier, et lancer un cadre d’intégration économique gage d’une paix durable entre les deux pays.

En effet, cet évènement intervient après une série de médiations internationales — notamment au Qatar — et après l’accord initial signé le 27 juin 2025 entre les ministres des Affaires étrangères des deux pays.

Officiellement, il s’agit de tourner la page d’un conflit meurtrier qui, depuis des décennies, ravage l’est de la RDC : combats contre les groupes armés, déplacements massifs de populations, exploitation illégale des ressources, instabilité politique et humanitaire récurrente.

Mais, pour beaucoup de Congolais, cet accord final — et la rencontre prévue à Washington — suscitent autant d’espoirs que d’inquiétudes.

Ce que le peuple congolais peut raisonnablement espérer

Longtemps victime d’une guerre injuste, le peuple congolais peut raisonnablement espérer notament :

• Une paix « sur le papier » traduite en sécurité concrète

L’accord prévoit le retrait des troupes rwandaises de l’est de la RDC et la fin du soutien — effectif ou supposé — au groupe rebelle M23.

Il prévoit aussi la neutralisation — ou désarmement — de milices comme les FDLR, accusées de semer l’instabilité depuis des années.

Si ces clauses sont effectivement mises en œuvre, cela pourrait ouvrir la voie à un retour des déplacés, à la stabilisation de l’Est et à la reconstruction — conditions sine qua non pour la sécurité, la paix et la relance économique.

• Une promesse de développement économique, de création d’emplois, d’infrastructures, de commerce

L’accord inclut un cadre d’« intégration économique régionale » : en théorie, cela peut déboucher sur des investissements, des infrastructures, des opportunités pour les populations locales.

Pour de nombreux Congolais, une telle stabilisation laisserait entrevoir une forme de « paix durable » et non un cesser-le-feu fragile.

• Une visibilité internationale accrue, des garanties externes

Le fait que les États-Unis — et notamment l’administration Trump — soient médiateurs et hôtes de la cérémonie renforce l’importance diplomatique de l’accord. Cela offre aussi des garanties externes, potentiellement plus robustes que les promesses purement régionales.

Ce dont le peuple congolais doit se méfier — ou exiger comme garde-fous

Un accord considéré par certains comme fragile, voire trop « diplomatique »

L’accord signé en juin dernier a été salué par certains comme une « prouesse diplomatique », mais d’autres l’ont dénoncé comme un « déni de réalité » : rien n’assure que les engagements — retrait des troupes, démobilisation, désarmement — seront réellement appliqués.

Les tensions restent vives sur le terrain dans l’Est, et des accusations réciproques de sabotage des cessez-le-feu circulent entre les forces pro-gouvernementales, les rebelles M23 et leurs soutiens.

Un intérêt américain — et occidental — potentiellement axé sur les ressources naturelles

Derrière les promesses de paix et de reconstruction, se profile un intérêt économique fort : les minerais de l’Est congolais (cuivre, cobalt, lithium, or, tantale…) sont stratégiques pour les chaînes d’approvisionnement mondiales. Plusieurs analystes interprètent l’accord comme une porte ouverte pour les compagnies occidentales à ces ressources.

Si la priorité devient l’exploitation, avec peu de retombées concrètes pour les populations locales, cela pourrait raviver le ressentiment, raviver les dynamiques de pillage et d’inégalités, mais sans paix sociale durable.

Le risque d’un accord sur le papier… sans paix réelle

L’accord peine encore à convaincre sur le terrain : malgré les signatures, les dynamiques de violence, les déplacements, les méfiances communautaires, ethniques et territoriales demeurent.

La société civile congolaise — mais aussi une partie de l’élite politique — exprime ses doutes : certains y voient un rapide « retour » de la RDC dans un jeu international, mais sans garanties solides pour les populations de l’Est.

Ce que Trump — et les États-Unis — en ont à gagner : manœuvres, intérêts et pression diplomatique

Pour l’administration Trump, cette rencontre et la signature finale visent plusieurs objectifs :

Afficher un « coup diplomatique » majeur, une réussite internationale pour consolidation de l’autorité des États-Unis dans la région des Grands Lacs, à un moment où l’influence américaine est concurrencée.

Sécuriser l’accès aux minerais stratégiques de la RDC, essentiels pour les technologies modernes — ce qui pourrait permettre aux entreprises américaines de prendre pied dans l’Est congolais.

Utiliser le cadre de l’accord comme levier de pression : le sommet de Washington offrira à Trump un espace pour pousser Kinshasa et Kigali à s’engager publiquement — ce qui rend plus difficile tout revirement ultérieur face aux critiques internes.

Tactiquement, les États-Unis pourraient lier le soutien diplomatique, l’aide sécuritaire, les garanties de défense (voire la pression sur les groupes armés) à la mise en œuvre effective de l’accord, créant ainsi un mécanisme de surveillance — avec le poids d’une grande puissance — capable de contraindre les parties à respecter leurs engagements.

Qu’attendre — et ce que le peuple congolais doit exiger

À attendre :

Une déclaration solennelle, publique, de Tshisekedi et Kagame — sous le regard de la communauté internationale — affirmant la volonté d’appliquer l’accord.

Le lancement officiel d’un mécanisme de suivi et de vérification, avec des observateurs étrangers ou internationaux, pour vérifier le retrait des troupes et le désarmement.

Une remise en route, même modeste, de projets concrets dans l’Est : réhabilitation des infrastructures, retour des déplacés, aide humanitaire, reconstruction, etc.

Ce qu’il faudrait exiger — de la part de la RDC (et de la société civile)

Transparence totale sur les termes de l’accord, les clauses concrètes, les délais, les mécanismes de contrôle.

Que la priorité reste la paix durable, la sécurité des populations, la justice pour les victimes, et non l’exploitation rapide des ressources ou les intérêts géopolitiques.

Une implication réelle des communautés locales de l’Est — souvent les premières victimes — dans la mise en œuvre : démobilisation, désarmement, retour, réconciliation.

Somme toute, la rencontre entre Félix Tshisekedi, Paul Kagame et Donald Trump à Washington apparaît comme une étape cruciale — possiblement historique — dans le long et douloureux dossier de la crise RDC–Rwanda. Elle offre un espoir réel de paix et de sortie de l’enfer pour des millions de Congolais, mais cet espoir ne deviendra durable que si l’accord est mis en œuvre concrètement, avec sérieux, transparence, et au bénéfice des populations — et non au seul profit d’intérêts géopolitiques ou économiques externes.

Le peuple congolais a raison d’attendre — mais il a raison aussi de rester vigilant.

Philippe KAZADI O.

Kiosque d'Afrique