Nommé en mai 2025 à la tête de la Police nationale congolaise (PNC) dans la ville-province de Kinshasa, le Commissaire divisionnaire adjoint Israël Bakulu Kantu avait suscité deux grandes interrogations : d’où venait cet officier relativement méconnu du grand public, et surtout serait-il capable de faire mieux que ses prédécesseurs dans une capitale minée par une insécurité multiforme ? Cinq mois plus tard, le débat reste ouvert, mais ses premiers pas, eux, tracent déjà une trajectoire clairement identifiable.

Un nouveau visage, un style immédiatement reconnaissable

Ancien commandant de la PNC au Kongo Central, Bakulu Kantu a hérité d’une mégapole marquée par les enlèvements, les braquages, les violences urbaines et la prolifération de gangs de rue. Alors que son nom n’évoquait pas grand-chose lors de sa nomination, il est aujourd’hui familier à de nombreux Kinois. Sa méthode y est pour beaucoup : il ne dirige pas seulement depuis un bureau, il occupe le terrain. Carrefour après carrefour, avenue après avenue, il apparaît au milieu des chauffeurs, motocyclistes, piétons et policiers, rappelant le Code de la route aux uns et sanctionnant le racket des autres.

Ce choix assumé de « l’itinérance » rappelle à certains observateurs les pratiques de deux figures marquantes de la PNC, Célestin Kifwa et Célestin Kanyama, réputés pour leur pragmatisme et leur présence permanente dans la rue. Bakulu Kantu incarnerait, selon eux, une forme de symbiose entre ces deux anciens commandants : l’énergie du terrain et l’intransigeance face à l’insécurité.

L’opération “Kanga Kanga”, vitrine d’une stratégie offensive

Depuis plusieurs semaines, le nouveau patron de la police kinoise mène des opérations ciblées contre les « kulunas », ces bandes organisées qui terrorisent des quartiers entiers. L’opération « Kanga Kanga » s’illustre notamment par des descentes porte-à-porte dans des zones sensibles. En l’espace de quelques jours, plus de cinquante bandits ont été interpellés dans le quartier Kingabwa, commune de la Gombe, un signal fort envoyé tant aux malfaiteurs qu’à la population.

Les présentations régulières de groupes de bandits armés aux autorités provinciales et nationales témoignent d’une volonté d’afficher des résultats et de restaurer la confiance des habitants. Dans certaines opérations d’envergure, Bakulu Kantu n’hésite pas à se joindre personnellement à ses équipes, renforçant l’image d’un chef engagé et déterminé.

Un enthousiasme populaire, mais des attentes encore fortes

Dans une ville vaste comme le Rwanda et le Burundi réunis, les défis sécuritaires restent immenses. Le rythme et l’intensité des opérations menées par l’actuel commandant suscitent cependant une vague d’encouragements parmi les habitants, tout en nourrissant un plaidoyer grandissant : celui d’un renforcement des moyens logistiques, techniques et humains mis à sa disposition.

S’il parvient à maintenir cette dynamique, certains voient en Israël Bakulu Kantu l’un des commandants les plus marquants de ces dernières années. Mais pour transformer l’élan actuel en amélioration durable de la sécurité, le soutien de l’État et la mobilisation continue de la population seront indispensables.

Volontaire, visible, offensif, le Commissaire divisionnaire adjoint Israël Bakulu Kantu impose progressivement sa marque à Kinshasa. Encore trop tôt pour dresser un bilan définitif, mais assez tôt pour constater que la capitale a retrouvé un chef de police dont la priorité se lit clairement dans ses pas : être là où les Kinois vivent, circulent… et parfois craignent. Une méthode qui séduit, mais qui devra s’inscrire dans la durée pour véritablement transformer le quotidien d’une ville aux défis sécuritaires titanesques.

Philippe KAZADI O. 

Kiosque d'Afrique