Dans un contexte déjà tumultueux, la crise sécuritaire qui ravage l’est de la République Démocratique du Congo (RDC) pourrait prendre une tournure encore plus complexe et même inquiétante suite aux récentes déclarations du Conseiller spécial de Donald Trump pour l’Afrique, Massad Boulos.

En effet, alors que le gouvernement de Félix Tshisekedi fait des pieds et des mains pour rétablir l’ordre et la paix à l’est du pays, la révélation des pourparlers entre Kinshasa et les rebelles du M23 met en lumière des divergences notables entre les autorités congolaises et l’administration américaine concernant la manière de résoudre cette crise.

Lors d’une interview récente, Massad Boulos a dévoilé des éléments jusqu’ici gardés secrets par le gouvernement congolais. Selon ses révélations, les négociations entre le gouvernement congolais et le mouvement rebelle M23 visent à instaurer une intégration de ces derniers dans les rangs de l’armée nationale, FARD , ainsi qu’une participation de leurs politiques au sein des institutions congolaises. Cette approche étonnante, jugée nécessaire par la médiation américaine pour mettre fin à des années de violence et d’insécurité, soulève toutefois des questions cruciales quant à la légitimité et à la gouvernance future du pays. Surtout qu’on sait que les autorités de Kinshasa ont, à maintes reprises, opposé un refus catégorique à toute solution visant le brassage ou mixage au sein des FARDC car, selon elles, ses opérations avaient permis l’infiltration de l’armée nationale par le Rwanda, d’où sa fragilisation.

Dans le même temps, Boulos a souligné que les difficultés liées à l’application de l’accord de paix signé à Washington entre Kinshasa et Kigali ne se limitent pas aux conditionnalités sur le M23 ou sur les FDLR. La crise politique interne en RDC est également un obstacle majeur. Et selon ce diplomate américain, le dialogue politique national nécessitant un dialogue politique serait retenu comme mécanisme devant conduire à la paix recherchée. Cependant, la perspective d’un tel dialogue semble lointaine, surtout depuis que Félix Tshisekedi a clairement signifié, lors du deuxième congrès de l’Union Sacrée de la Nation, qu’il n’y aurait pas de discussions en dehors de son initiative personnelle.

Cette posture pourrait sérieusement affaiblir la position du Président Tshisekedi sur la scène politique nationale. En refusant de convoquer un dialogue réunissant toutes les parties prenantes, y compris l’ancien Président Joseph Kabila ou des figures politiques clés comme Corneille Naanga, Tshisekedi pourrait être perçu comme un obstacle à la paix et à la réconciliation, alors que la pression monte tant de la part de la population que de la communauté internationale.

La situation crée un paradoxe dangereux : d’un côté, le gouvernement congolais veut apparaître comme ayant la situation sous contrôle tout en cherchant des solutions rapides pour apaiser la violence ; de l’autre, le soutien américain, qui prône un dialogue politique hâtif et compromis, semble contredire les décisions de Tshisekedi en lui proposant des solutions que Kinshasa a réfuté longtemps avant.

Si l’on suit la logique de Boulos, qui évoque même de changement constitutionnel comme solution possible, cela ne fait qu’ajouter au malaise ambiant. Une telle reconfiguration politique pourrait sembler souhaitable dans une perspective de paix, mais elle engendrerait inévitablement des débats houleux au sein du parlement, de la classe politique ou de la société civile et parmi le peuple congolais, qui se sent souvent frustré par l’absence des perspectives fiables de résolution d’une crise qui dure plus de trois décennies.

La route vers la paix en RDC semble semée d’embûches, oscillant entre les enjeux locaux et les pressions internationales. Dans ce contexte, Félix Tshisekedi devra naviguer habilement pour conserver sa légitimité tout en cherchant des solutions durables à la crise qui sévit dans l’est du pays. Le défi est immense et, alors que les divergences entre Kinshasa et Washington se creusent, la voix du peuple congolais pourrait bien imposer un poids lourd sur les épaules de son président.

Philippe KAZADI O.

Kiosque d'Afrique