Alors que la République démocratique du Congo affiche pour 2026 un budget historique, le pays s’enfonce dans un contraste social saisissant. Entre des fonctionnaires impayés au mois de janvier et un train de vie des institutions qui défie toute logique économique, l’analyse des priorités nationales soulève de graves inquiétudes sur la gouvernance actuelle.
2026 : Un budget record de 22 milliards $, mais pour qui ?
L’exercice budgétaire 2026 marque un tournant avec un budget gouvernemental atteignant le chiffre record de 22 milliards de dollars. Si ce montant est présenté comme une victoire de la mobilisation des recettes, il ne semble pas profiter à ceux qui font fonctionner l’État au quotidien.
Le constat est amer : malgré cette manne financière théorique, le gouvernement peine à assurer la régularité de la paie. Pour honorer les salaires de janvier 2026, le ministère des Finances a dû se résoudre à une mesure d’urgence : emprunter 70 millions USD auprès des banques privées, assortis d’un taux d’intérêt prohibitif de 9 %.
Le train de vie des institutions : une dérive structurelle
Le « train de vie des institutions » est au cœur de la colère sociale. Alors que l’on demande au peuple de la résilience, les institutions (Parlement, Gouvernement, Présidence) continuent de consommer une part disproportionnée des ressources nationales.
Le cas de la Présidence de la République reste, à cet égard, le symbole d’une « anomalie mondiale ». Déjà en 2025, les analyses révélaient des chiffres hors normes :
– 5,56 % du budget national étaient engloutis par la Présidence.
– Cela représentait 1,264 % du PIB, soit un poids 50 fois supérieur à celui observé dans des pays comme la France ou les États-Unis.
Malheureusement, cette tendance de 2025, jugée insoutenable par les experts, semble s’accentuer en 2026. Tandis que l’État s’endette à prix d’or pour payer les salaires, le sommet de l’édifice public maintient un niveau de dépenses qui tranche radicalement avec la fragilité économique du pays.
L’humiliation des fonctionnaires : retards et déni de réalité
Au 10 février 2026, des milliers d’agents de l’administration publique attendent toujours leurs émoluments de janvier. Pour un fonctionnaire congolais, ce retard est une tragédie silencieuse : loyers impayés, dettes informelles et perte de pouvoir d’achat face à un dollar instable.
Ce qui choque davantage, c’est le contraste entre la réalité des comptes bancaires vides et la communication du ministère des Finances dirigé par Doudou Fwamba Likunde. Sur les plateaux et les réseaux sociaux, ses communicateurs assurent que « la paie est effective ». Ce déni de réalité est vécu comme une véritable humiliation par les travailleurs, jetant un discrédit profond sur la parole publique.
Une gestion de la liquidité sous haute tension
L’émission d’Obligations du Trésor pour payer les salaires révèle une vérité crue : la trésorerie de l’État est à sec de liquidités immédiates en devises.
– D’un côté : La Banque Centrale du Congo (BCC) injecte des millions pour freiner la dépréciation du Franc Congolais.
– De l’autre : L’État paie des intérêts lourds (9 %) à des banques privées pour couvrir des dépenses régaliennes.
Ce mécanisme crée un effet de ciseau dangereux : l’État s’appauvrit en payant des intérêts sur sa propre monnaie, tandis que le fonctionnaire s’appauvrit en attendant un salaire qui perd de sa valeur chaque jour.
La nécessité d’une rupture
La RDC ne peut plus justifier une telle déconnexion. Un budget de 22 milliards de dollars ne devrait pas rimer avec « emprunts bancaires pour les salaires ». Pour de nombreux analystes, le président Félix-Antoine Tshisekedi doit impérativement siffler la fin de la récréation concernant le train de vie des institutions.
Sans une réduction drastique des dépenses de prestige et une sanctuarisation de la paie des fonctionnaires, le record budgétaire de 2026 ne restera qu’un chiffre creux, loin des assiettes de la population.
Chappy KUNGA





