Le Caucus des organisations de la société civile congolaise se trouve profondément préoccupé par des cas de menaces et de mauvais traitements dont sont victimes certains acteurs politiques et même des intellectuels et se dit prêt à saisir le Ministre des droits humains et celui de la justice.

En effet, plusieurs organisations de la société civile et de défense des droits humains expriment leur vive préoccupation face à des informations faisant état de mauvais traitements en détention, de pressions et de menaces visant certains acteurs politiques ainsi que leurs proches. Elles appellent les autorités à ouvrir des enquêtes et à veiller au strict respect des droits fondamentaux.

Kamizelo : ses avocats dénoncent des actes de torture

Parmi les situations portées à l’attention de la société civile figure celle de Kamizelo, alias « Maîtrisable », présenté comme membre du PPRD, parti de l’ancien président Joseph Kabila.

D’après ses avocats, l’opposant aurait subi des actes de torture durant sa détention au CPRK.

La société civile estime que ces accusations nécessitent une clarification urgente. Elle demande notamment que les conditions de détention de l’intéressé soient examinées et qu’une enquête indépendante puisse déterminer ce qui s’est réellement passé.

Pour les organisations de défense des droits humains, toute personne détenue demeure protégée par la loi et doit être traitée avec dignité. La détention ne peut constituer un cadre permettant des traitements cruels, inhumains ou dégradants.

Les défenseurs des droits humains appellent à la vigilance

Les organisations de la société civile disent également redouter la multiplication de pratiques d’intimidation visant des personnes engagées dans la vie politique ou dans la défense des droits.

Elles insistent sur la nécessité pour les autorités de privilégier les voies judiciaires lorsqu’une personne est soupçonnée d’avoir commis une infraction en lieu et place des arrestations arbitraires et illégales.

Elles mettent particulièrement en garde contre toute pratique consistant à exercer des pressions sur les membres de la famille d’une personne recherchée ou mise en cause.

La famille de Me Nicolas Manga Wembakoy sous pression

La société civile évoque enfin la situation de la famille de Me Nicolas Manga Wembakoy du barreau de Kinshasa/Gombe, qui ferait l’objet de visites répétées à son domicile.

Selon les informations rapportées par les proches, des individus non identifiés se présentant comme des membres des services de sécurité se seraient rendus à plusieurs reprises à la résidence familiale, aussi bien pendant la journée que durant la nuit.

Ces visites seraient accompagnées de menaces et de pressions à l’égard des membres de la famille.

La société civile affirme que, lors d’un épisode récent, les individus concernés auraient été accompagnés de jeunes se réclamant des « Forces du progrès ». Ces derniers auraient tenté de s’en prendre à la résidence de l’avocat.

Des accusations qui alimenteraient les tensions

La société civile indique que cette situation intervient alors que Maître Nicolas Manga Wembakoy serait accusé d’être membre du PPRD de l’ancien Président Joseph Kabila et en connivence avec les Mobondo.

Elle souligne que le fait pour Me Nicolas Manga Wembakoy d’être catholique ou proche des personnes influentes de cette église ne fait pas de lui un opposant politique.

Ces accusations, souligne-t-elle, doivent être vérifiées et établies par les instances compétentes. Elles ne sauraient justifier, à elles seules, des menaces ou des actes dirigés contre l’avocat ou sa famille. D’ailleurs une ferme agro-pastorale de ce dernier aurait été saboté il y a deux mois.

Les organisations de défense des droits humains s’inquiètent surtout de ce qu’elles décrivent comme une stratégie visant à atteindre l’entourage familial lorsqu’il est impossible de retrouver directement la personne recherchée.

Elles rappellent, à titre de précédent, le cas de Jacky Ndala, qu’elles considèrent comme révélateur des dangers que peuvent représenter les pressions exercées sur les familles.

Une demande d’enquête et de protection

La société civile invite donc les autorités à prendre au sérieux ces différents signalements et à procéder aux vérifications nécessaires.

Elle demande que les personnes impliquées dans les éventuels actes de torture, menaces ou intimidations soient identifiées et que les responsabilités soient établies conformément à la loi.

Elle appelle également les autorités à assurer la protection de toutes les personnes concernées, notamment Kamizelo, Me Nicolas Manga Wembakoy et leurs familles.

Pour les organisations de défense des droits humains, la lutte contre l’insécurité et la poursuite des personnes soupçonnées d’infractions doivent impérativement s’inscrire dans le cadre légal. Elles estiment que le respect des droits de la défense, de l’intégrité physique et de la sécurité des familles demeure une exigence fondamentale de l’État de droit.

Eddy SANDO

Kiosque d'Afrique