Ce 26 janvier 2026 marque l’an un de l’occupation de la plus grande ville de l’Est de la RDC par l’AFC/M23. Bunagana, n’en parlons même pas… Malgré les annonces répétées de retraits, de cessez-le-feu et de processus de paix, la guerre continue de façonner le quotidien de millions de Congolais dans l’Est de la République démocratique du Congo. De nombreuses initiatives diplomatiques prises semblent sans issu favorable.
Nord-Kivu, Sud-Kivu, Ituri : ces provinces restent les théâtres d’un conflit protéiforme, où les lignes de front bougent sans jamais disparaître. Les combats récents dans plusieurs localités stratégiques rappellent une réalité crue : le conflit ne s’achève pas, il se transforme.
Une guerre à géométrie variable
Sur le terrain, la situation est loin d’être linéaire. Ici, un retrait rebelle annoncé. Là, une reprise de position par les Forces armées de la RDC (FARDC). Ailleurs, l’apparition de nouvelles milices ou le redéploiement de groupes existants. Cette guerre à géométrie variable entretient une confusion permanente, tant pour les populations civiles que pour les observateurs.
Les combats autour de zones clés montrent que le M23, malgré des phases de recul, conserve une capacité de nuisance réelle. Les affrontements sporadiques, les incursions ciblées et les tensions persistantes prouvent que le groupe armé n’a pas disparu du paysage sécuritaire. À cela s’ajoute la présence de milices locales, souvent regroupées sous l’étiquette de Wazalendo, dont le rôle ambigu complique davantage la lecture du conflit.
Pour de nombreux experts sécuritaires, cette configuration est le signe d’une guerre fragmentée, où aucun acteur ne détient un contrôle total, mais où chacun conserve suffisamment de force pour empêcher une paix durable.
Des civils pris au piège
Au cœur de cette instabilité chronique se trouvent les civils. Ce sont eux qui paient le prix le plus élevé d’un conflit qui dure depuis trop longtemps. Chaque mouvement militaire, chaque rumeur de représailles, chaque changement d’équilibre pousse des milliers de familles à fuir.
Les chiffres des déplacés internes continuent ainsi de grimper, accentuant une crise humanitaire déjà alarmante. Camps surpeuplés, manque d’eau potable, insécurité alimentaire, accès limité aux soins : la guerre ne tue pas seulement par les armes, elle détruit lentement les conditions mêmes de la survie.
Dans certaines zones, le retrait de groupes armés ne signifie pas nécessairement le retour à la normale. Au contraire, il s’accompagne parfois d’une peur accrue : peur de règlements de comptes, peur de pillages, peur d’être accusé de collaboration. Résultat : des populations entières préfèrent abandonner leurs maisons plutôt que de risquer leur vie. Le pillage vécu dernièrement à Uvira semble bien illustrer cette assertion.
L’autorité de l’État, un chantier inachevé
Pour Kinshasa, le défi est immense. Reprendre militairement un territoire est une chose ; y restaurer durablement l’autorité de l’État en est une autre. Trop souvent, les zones reprises échappent encore à un contrôle administratif réel. Les services publics tardent à revenir, la justice reste absente, et la population se sent abandonnée une fois les caméras éteintes.
Cette fragilité institutionnelle nourrit un cercle vicieux. En l’absence de l’État, les groupes armés trouvent un terrain fertile pour se reconstituer, recruter ou imposer leur propre ordre. La défiance des populations envers les autorités s’accentue, affaiblissant encore la légitimité de l’État central.
La question n’est donc pas uniquement militaire. Elle est profondément politique et sociale. Sans routes, sans écoles, sans hôpitaux, sans sécurité juridique, la paix reste un concept abstrait, déconnecté de la réalité quotidienne.
Une guerre aux dimensions régionales
Le conflit dans l’Est de la RDC ne peut être compris sans sa dimension régionale. Les tensions diplomatiques, les accusations de soutiens extérieurs aux groupes armés et les intérêts géopolitiques transfrontaliers continuent de peser lourdement sur l’évolution de la situation.
Malgré les initiatives diplomatiques et les mécanismes régionaux de paix, la méfiance persiste. Les accords signés peinent à se traduire en changements concrets sur le terrain. Pour les populations locales, ces négociations lointaines semblent souvent déconnectées de leurs souffrances immédiates.
La présence de forces étrangères, de missions régionales ou internationales, si elle contribue parfois à stabiliser certaines zones, n’a pas encore permis de régler les causes profondes du conflit.
Le facteur économique : une guerre pour les ressources ?
Derrière les enjeux sécuritaires se cachent également des intérêts économiques majeurs. L’Est de la RDC regorge de ressources naturelles stratégiques, dont l’exploitation alimente depuis des années des réseaux illégaux et des financements de groupes armés.
Tant que ces circuits économiques parallèles ne seront pas démantelés, la guerre continuera de trouver des carburants puissants. La contrebande, la corruption et l’exploitation artisanale incontrôlée entretiennent une économie de conflit qui profite à quelques-uns, au détriment de l’intérêt national.
La paix durable passe donc aussi par une gouvernance transparente des ressources, capable de transformer ces richesses en leviers de développement plutôt qu’en facteurs d’instabilité.
Entre communication et réalité
Face à l’opinion publique, la communication officielle se veut souvent rassurante. Avancées militaires, succès diplomatiques, engagements internationaux : le discours met en avant les progrès réalisés. Mais sur le terrain, la perception est souvent différente.
Ce décalage entre communication et réalité nourrit une frustration croissante. Beaucoup de Congolais s’interrogent : si la guerre est presque finie, pourquoi continue-t-on de fuir ? Si la paix est en marche, pourquoi tant d’insécurité persiste-t-elle ?
Cette fracture entre le récit officiel et le vécu quotidien fragilise la confiance entre l’État et les citoyens, un élément pourtant essentiel à toute sortie de crise.
Une paix encore lointaine
Aujourd’hui, la guerre à l’Est de la RDC apparaît comme un conflit sans fin claire, sans victoire nette, sans résolution rapide. Elle s’enracine dans des décennies de mauvaise gouvernance, de tensions régionales, d’intérêts économiques et d’abandons successifs.
La RDC dispose pourtant de nouveaux atouts sur la scène internationale, notamment sa présence au Conseil de sécurité de l’ONU. Mais cette visibilité ne sera jugée qu’à l’aune d’un critère simple : la sécurité réelle des Congolais.
La paix ne viendra ni d’un seul accord, ni d’une seule offensive militaire. Elle exige une approche globale : sécurité, justice, développement, diplomatie et surtout écoute des populations locales.
Tant que ces dimensions resteront dissociées, la guerre continuera de refuser de finir. Et pour des millions de Congolais de l’Est, l’avenir restera suspendu à une question douloureuse : quand viendra enfin la paix ?
Philippe KAZADI O.





