Les chiffres révélés dans le Plan d’engagement budgétaire (PEB) du quatrième trimestre 2025 du ministère du Budget ont provoqué stupeur et indignation parmi les acteurs de la société civile comme parmi les experts des finances publiques. La présidence de la République, dirigée par le chef de l’État Félix Tshisekedi, a en effet consommé en seulement neuf mois un volume de dépenses qui dépasse largement les crédits qui lui avaient été légalement alloués pour l’ensemble de l’année. Une situation qui pose une question urgente : jusqu’à quand le pays pourra-t-il supporter un tel niveau de dérapage, alors même que ses besoins sociaux restent immenses ?
Un dépassement budgétaire d’une ampleur sans précédent
Selon le PEB, la présidence a engagé 2.839,2 milliards de CDF, soit près d’un milliard de dollars américains (996 millions USD) au taux de 2.850 CDF, au cours des trois premiers trimestres de 2025. Or, le budget annuel voté pour la présidence s’élevait à 864,7 milliards de CDF, soit 416 millions USD.
En clair : le cabinet du chef de l’État a dépensé plus du double du montant prévu, enregistrant un dépassement d’environ 580 millions USD. Ce dépassement touche toutes les rubriques : salaires, fonctionnement, interventions de l’État… Aucun poste n’y échappe. Une situation révélatrice non seulement d’un manque de discipline budgétaire, mais aussi d’un dysfonctionnement structurel dans le pilotage des dépenses publiques.
Des crédits supplémentaires malgré les dérapages
Plus préoccupant encore, loin de freiner cette spirale, le ministère du Budget a accordé pour le quatrième trimestre de 2025 87,2 milliards de CDF additionnels, soit près de 40 millions USD au taux de 2.200 CDF.
Cette décision interroge : comment justifier qu’une institution qui a déjà explosé ses prévisions reçoive des crédits complémentaires ? Et surtout, quelle garantie existe-t-il que ces nouveaux crédits ne connaîtront pas le même sort que les précédents ?
L’adage populaire « Qui a bu boira » résonne ici comme un avertissement. Il y a un risque réel que la présidence continue sur sa lancée, creusant davantage l’écart entre dépenses réelles et budget voté, au détriment de l’équilibre global des finances publiques.
Dans un pays confronté à des urgences sociales criantes
Ce dérapage serait moins choquant si la RDC n’était pas confrontée à une pression sociale explosive : écoles délabrées, hôpitaux sous-équipés, fonctionnaires mal rémunérés, provinces sous-financées, insécurité persistante à l’Est, infrastructures à l’abandon…
Dans un pays où chaque franc compte, où les recettes nationales restent limitées et où les ménages font face à une inflation écrasante, la perception d’un train de vie institutionnel insouciant, voire excessif, alimente frustration et incompréhension.
Un appel direct au Chef de l’État : montrer l’exemple
Monsieur le Président, parce que vous incarnez la nation, l’exemplarité devrait commencer au sommet. La réduction du train de vie des institutions n’est pas seulement une exigence morale : c’est une nécessité économique, une urgence sociale et un impératif de gouvernance.
Vous avez souvent appelé à la rigueur, à la lutte contre l’impunité, à l’optimisation de la dépense publique. Mais ces objectifs ne peuvent être crédibles tant que la présidence — institution clé de l’État — demeure le premier foyer de dépassements budgétaires.
Il est encore temps de rectifier la trajectoire :
- en imposant une stricte discipline dans l’exécution des dépenses ;
- en renforçant les mécanismes de contrôle interne ;
- en privilégiant la transparence ;
- en donnant l’exemple d’une gestion responsable, mesurée et respectueuse des finances publiques.
Pour éviter le basculement, il faut agir maintenant
La RDC ne peut plus se permettre de financer une administration qui consomme sans compter, alors que les défis nationaux appellent à un sens élevé de responsabilité.
Réduire le train de vie des institutions n’est pas un slogan, mais une condition sine qua non pour restaurer la confiance des citoyens, améliorer la crédibilité internationale du pays et dégager des marges budgétaires pour les véritables priorités nationales.
Le pays attend un geste fort. Le moment est venu pour le Chef de l’État de poser un acte courageux : mettre fin à l’hémorragie et replacer l’intérêt général au cœur de la gestion publique.
Philippe KAZADI O.





